Shein, Temu, AliExpress : la hausse des coûts logistiques rebat les cartes des marketplaces chinoises

23 juin 2026

Ces dernières années, Shein, Temu ou AliExpress ont bouleversé le e-commerce mondial avec une promesse simple : proposer des prix extrêmement bas en expédiant directement depuis la Chine des millions de petits colis vers les consommateurs occidentaux.

Production à faible coût, intermédiaires réduits au minimum et logistique aérienne très optimisée … Cette mechanique avait permis à ces plateformes d’imposer leurs standards sur de nombreuses catégories.

Mais plusieurs signaux montrent aujourd’hui une fragilité de ce modèle. Entre hausse des coûts du fret aérien, ralentissement de la demande, durcissement réglementaire et nécessité d’investir dans des infrastructures locales, le modèle qui a porté l’essor du e-commerce chinois low-cost entre dans une phase beaucoup plus complexe.

 

Un ralentissement qui commence à apparaître dans les chiffres

 

Selon une analyse des données douanières chinoises réalisée par Trade and Transport Group, cabinet luxembourgeois spécialisé dans la logistique et le commerce international, les exportations chinoises liées au e-commerce à bas prix ont reculé de 10,9 % en avril 2026, à 9,81 milliards de dollars.

Il s’agit du cinquième mois consécutif de baisse sur un an.

Ce signal est loin d’être anodin. Ces dernières années, le succès de Shein, Temu ou AliExpress reposait précisément sur une croissance continue des flux de petits colis envoyés directement depuis les usines chinoises vers les consommateurs européens et américains.

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Cette dynamique semble désormais marquer le pas. Plusieurs facteurs se combinent : une demande occidentale plus hésitante, des coûts logistiques en hausse et un environnement réglementaire de plus en plus contraignant.

 

La hausse du fret aérien fragilise le cœur du modèle

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L’un des principaux piliers du succès des plateformes chinoises résidait dans leur capacité à expédier rapidement, par avion, des produits de faible valeur. Tant que le coût du transport restait relativement faible, il était possible de vendre des vêtements, accessoires ou petits objets à des prix extrêmement compétitifs.

Mais cet équilibre se dégrade : les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la guerre en Iran ont contribué à faire grimper les prix du carburant et, par ricochet, ceux du fret aérien. Plusieurs transporteurs ont déjà mis en place des surtaxes carburant importantes.

Or, pour des produits dont la valeur unitaire est très faible, chaque augmentation du coût logistique a un impact immédiat sur les marges.

Selon Frederic Horst, directeur général de Trade and Transport Group, les frais de transport aérien peuvent désormais représenter jusqu’à 60 % de la valeur d’un vêtement léger de 300 à 400 grammes.

Les plateformes chinoises ont construit leur attractivité sur un positionnement prix extrêmement agressif. Si cet avantage se réduit progressivement, l’écart avec les distributeurs européens ou américains pourrait devenir moins marqué.

 

Une clientèle elle aussi sous pression

Cette évolution intervient dans un contexte où les ménages occidentaux restent sensibles à l’inflation : les consommateurs les plus attirés par Shein ou Temu sont souvent ceux qui arbitrent fortement leurs achats en fonction du prix. La hausse des coûts de l’énergie, des carburants ou du coût de la vie réduit mécaniquement leur pouvoir d’achat.

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Les plateformes chinoises se retrouvent ainsi confrontées à une double contrainte qui pourrait les amener à revoir en profondeur leur organisation logistique. : des coûts d’exploitation plus élevés et une clientèle potentiellement plus prudente dans ses dépenses.

 

La fin progressive du modèle « tout avion »

Si le modèle historique reposait sur l’expédition individuelle des colis directement depuis la Chine, cette stratégie pourrait progressivement laisser place à une logique plus régionalisée. Plutôt que d’envoyer chaque commande séparément par avion, les plateformes privilégient de plus en plus l’acheminement de volumes importants vers des entrepôts régionaux avant une distribution locale.

L’objectif est double : réduire la dépendance au fret aérien et rapprocher les stocks des consommateurs.

Cette évolution est déjà visible chez Shein, qui a récemment ouvert un troisième entrepôt à Cannock, près de Birmingham, afin de renforcer son réseau logistique au Royaume-Uni.

 

Des infrastructures locales plus coûteuses

Ce changement rapproche paradoxalement les plateformes chinoises des modèles logistiques plus classiques utilisés par les distributeurs européens.

Stockage, préparation des commandes, gestion des retours, distribution locale : autant de coûts fixes supplémentaires qui viennent s’ajouter à leur modèle.

Autrement dit, l’avantage compétitif ne peut plus reposer uniquement sur l’expédition directe depuis les usines chinoises. Pour continuer à croître, les plateformes devront probablement investir davantage dans des infrastructures régionales, avec une logistique plus complexe et plus capitalistique.

 

Une pression réglementaire qui se renforce des deux côtés de l’Atlantique

La hausse des coûts ne provient pas uniquement du transport. Les gouvernements cherchent eux aussi à réduire certains avantages dont bénéficiaient jusqu’à présent les flux massifs de petits colis.

  • Aux États-Unis, les nouvelles mesures commerciales mises en place l’an dernier ont déjà alourdi la facture pour les acteurs chinois. La hausse des droits de douane et la remise en cause de certaines exemptions accordées aux petits colis ont modifié l’économie de nombreuses commandes.
  • L’Union européenne prévoit également l’instauration d’un prélèvement de 3 euros sur les colis e-commerce de faible valeur à partir du 1er juillet. Pour des plateformes dont le panier moyen reste relativement faible, cette mesure pourrait peser sur la rentabilité de nombreuses ventes.
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Le modèle low-cost chinois entre dans une nouvelle phase

AliExpress assure vouloir continuer à préserver des prix compétitifs malgré les fortes fluctuations des coûts du transport mondial. De leur côté, Shein et Temu sont restés beaucoup plus discrets sur le sujet.

Mais les différents signaux convergent. Hausse des coûts logistiques, demande plus fragile, durcissement réglementaire et nécessité d’investir dans des infrastructures locales : l’environnement devient plus complexe pour les géants chinois du e-commerce.

Cette évolution ne signifie pas la fin de Shein, Temu ou AliExpress : leur avantage prix reste considérable et leur puissance industrielle demeure difficile à égaler.

Mais leur modèle entre probablement dans une nouvelle phase.

Pendant longtemps, leur principal avantage reposait sur une chaîne logistique mondiale extrêmement optimisée et sur l’expédition massive de petits colis à très faible coût.

Demain, la compétitivité pourrait davantage dépendre de leur capacité à construire des réseaux régionaux, à absorber la hausse des coûts et à préserver leur promesse prix dans un environnement beaucoup moins favorable.

Le modèle qui a alimenté leur ascension fulgurante ne disparaît pas. Mais il est désormais confronté à des contraintes qui pourraient progressivement rebattre les cartes du e-commerce mondial.

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